Jusqu’où les bénéfices peuvent-ils financer la croissance ?
Croître coûte de l’argent. Davantage de ventes demandent en général plus de stocks, plus de créances clients et plus d’équipements : c’est le besoin en fonds de roulement et l’investissement, qu’il faut financer. Une entreprise qui ne veut pas augmenter son capital dispose de deux sources : les bénéfices mis en réserve plutôt que distribués, et l’endettement. Le taux de croissance soutenable, popularisé par Robert Higgins en 1977, indique à quel rythme le chiffre d’affaires peut croître si l’entreprise garde constants son ratio d’endettement et ses ratios d’exploitation :
TCS = ROE × b
- ROE est la rentabilité des capitaux propres : résultat net ÷ capitaux propres en début d’exercice.
- b est le taux de rétention : la part du résultat net qui n’est pas distribuée en dividendes.
Le taux de croissance interne
Une limite plus stricte suppose qu’aucune dette nouvelle n’est contractée et que la croissance est financée uniquement par les réserves :
TCI = ROA × b ÷ (1 − ROA × b)
où ROA est le résultat net ÷ total de l’actif.
Exemple
Une entreprise dégage 2 millions d’euros de résultat net, verse 600 000 € de dividendes, et commence l’exercice avec 12,5 millions de capitaux propres et 25 millions de total de bilan.
- ROE = 2 ÷ 12,5 = 16 %
- ROA = 2 ÷ 25 = 8 %
- Taux de distribution = 30 %, donc rétention b = 70 %
- Taux de croissance soutenable = 16 % × 0,70 = 11,2 %
- Taux de croissance interne = 0,056 ÷ (1 − 0,056) = 5,9 %
L’entreprise peut augmenter son chiffre d’affaires d’environ 11 % par an en s’endettant en proportion de ses réserves, et d’environ 6 % sans aucun emprunt nouveau.
Que faire du résultat ?
Si la croissance prévue dépasse le taux soutenable, il faut agir sur un levier :
- Améliorer la marge ou la rotation de l’actif, par exemple en réduisant les délais de paiement clients, ce qui relève le ROE.
- Réduire les dividendes, ce qui relève le taux de rétention.
- S’endetter davantage, en acceptant un ratio d’endettement plus élevé.
- Augmenter le capital, en diluant les associés existants.
Si la croissance est nettement inférieure, l’entreprise génère plus de trésorerie qu’elle ne peut en employer, et la restituer par des dividendes ou des rachats d’actions peut se justifier.
Limites
Le modèle suppose des marges, une rotation de l’actif et un endettement constants, ce qui dure rarement. Une entreprise en perte n’a pas de croissance autofinancée. Et une croissance qui exige un gros investissement initial, comme une nouvelle usine, ne suit pas un rythme annuel régulier.
Ce calculateur fournit des estimations à visée pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique : pour votre situation personnelle, consultez un conseiller en gestion de patrimoine, votre banque ou un expert-comptable.