Le père de l’investissement « value »
Benjamin Graham a enseigné à l’université Columbia, formé Warren Buffett et écrit deux classiques, Security Analysis (1934, avec David Dodd) et L’Investisseur intelligent (1949). Il insistait pour acheter des actions moins cher qu’elles ne valent, avec une marge de sécurité contre les erreurs et la malchance. Deux règles rapides portent son nom.
Le nombre de Graham
Pour l’investisseur défensif, Graham conseillait de ne pas payer plus de 15 fois les bénéfices moyens ni plus de 1,5 fois l’actif net comptable. Comme 15 × 1,5 = 22,5, il admettait une compensation : un PER × cours/actif net jusqu’à 22,5. Le prix le plus élevé qui respecte cette règle est :
Nombre de Graham = √(22,5 × BPA × actif net par action)
La formule de Graham
Pour les sociétés en croissance, Graham a proposé dans l’édition de 1962 de Security Analysis :
Valeur = BPA × (8,5 + 2g)
où g est la croissance annuelle attendue des bénéfices sur sept à dix ans, en pourcentage, et 8,5 le PER qu’il jugeait juste pour une société sans croissance. En 1974, il l’a ajustée aux taux d’intérêt :
Valeur = BPA × (8,5 + 2g) × 4,4 ÷ Y
où 4,4 % était le rendement des obligations d’entreprise américaines AAA au moment de la première version, et Y le rendement AAA actuel. Pour un investisseur européen, on peut prendre le rendement des obligations d’entreprise de meilleure qualité en euros. Des taux plus élevés réduisent la valeur des actions.
Exemple chiffré
Une société dégage un BPA de 5,00 €, un actif net de 30,00 € par action, cote 60 € et devrait faire croître ses bénéfices de 7 % par an, avec des obligations AAA à 4,4 % :
- Nombre de Graham : √(22,5 × 5 × 30) = 58,09 €. L’action cote un peu au-dessus.
- PER = 12, cours/actif net = 2,0, produit 24, juste au-dessus de la limite de 22,5.
- Formule de Graham : 5 × (8,5 + 14) × 4,4 ÷ 4,4 = 112,50 €.
- Marge de sécurité par rapport à la formule : (112,50 − 60) ÷ 112,50 = 46,7 %.
Comment utiliser ces chiffres
- Comme filtre : une action sous son nombre de Graham ou nettement sous la valeur de la formule mérite un examen approfondi, pas un achat automatique.
- Avec des hypothèses prudentes : bénéfice moyen sur plusieurs années et croissance modeste. Graham voyait dans les prévisions de croissance optimistes le pire ennemi de l’investisseur.
- Avec une marge de sécurité : Graham préférait acheter au moins un tiers sous son estimation de la valeur.
Limites
Les formules supposent un bénéfice positif et un actif net significatif. Elles sous-évaluent les entreprises dont les principaux actifs (marques, logiciels, brevets) n’apparaissent pas au bilan, et ne disent rien de l’endettement, de la concurrence ou de la qualité de la direction. Graham les utilisait lui-même avec bien d’autres critères : solidité financière, historique de dividendes, régularité des bénéfices.
Ce calculateur fournit des estimations à visée pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique : pour votre situation personnelle, consultez un conseiller en gestion de patrimoine, votre banque ou un expert-comptable.