Croissance contre rentabilité
Les éditeurs de logiciels et les entreprises par abonnement font face à un arbitrage permanent : dépenser beaucoup en commercial et en produit pour croître plus vite, ou ralentir pour devenir rentables. La règle des 40 (« rule of 40 ») vérifie simplement si une entreprise équilibre bien les deux. Elle s’est répandue chez les investisseurs en capital-risque et en capital-développement au milieu des années 2010, et elle est aujourd’hui citée par les fonds qui financent la French Tech.
Score = taux de croissance du chiffre d’affaires + marge
Un score de 40 % ou plus est jugé sain.
Quels chiffres utiliser
- Croissance : le plus souvent la croissance annuelle du chiffre d’affaires. Pour une entreprise par abonnement, on prend souvent la croissance du revenu récurrent annuel (ARR).
- Marge : le plus souvent la marge d’EBITDA (proche de l’excédent brut d’exploitation) ou la marge de free cash flow. Le free cash flow est plus difficile à embellir par des choix comptables, d’où la préférence de nombreux investisseurs.
Quel que soit votre choix, gardez la même définition pour comparer des entreprises ou suivre une entreprise dans le temps.
Exemple
Le chiffre d’affaires est passé de 10 millions d’euros à 13 millions (30 % de croissance) et la marge d’EBITDA est de 15 % :
| Résultat | Valeur |
|---|---|
| Croissance du chiffre d’affaires | 30 % |
| Score de la règle des 40 | 45 % |
| Écart avec 40 % | +5 points |
| Marge nécessaire à ce rythme | 10 % |
L’entreprise passe le test, avec une marge de manœuvre de cinq points qu’elle pourrait réinvestir dans la croissance.
Plusieurs chemins vers 40
| Croissance | Marge | Score |
|---|---|---|
| 60 % | −20 % | 40 % |
| 40 % | 0 % | 40 % |
| 20 % | 20 % | 40 % |
| 5 % | 35 % | 40 % |
Une jeune entreprise qui brûle de la trésorerie peut réussir le test si elle croît très vite ; une entreprise mature peut le réussir avec une croissance lente et des marges élevées. La règle ne dit pas quel profil est le meilleur, seulement que la combinaison est saine.
Pourquoi les investisseurs y tiennent
Les études sur les éditeurs de logiciels cotés montrent que ceux qui dépassent 40 % se valorisent en général à des multiples de chiffre d’affaires plus élevés. La règle résume un jugement complexe en un seul chiffre, facile à comparer entre entreprises et entre trimestres.
Limites
C’est un filtre grossier, pas une méthode de valorisation. Elle ignore la qualité de la croissance (attrition, concentration des clients), la taille du marché et l’efficacité de l’acquisition de clients. Elle n’a pas de sens pour une très jeune start-up au chiffre d’affaires faible, où des croissances de 200 % sont courantes, ni pour les entreprises hors logiciel et abonnement.
Ce calculateur fournit des estimations à visée pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement, fiscal ou juridique : pour votre situation personnelle, consultez un conseiller en gestion de patrimoine, votre banque ou un expert-comptable.